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Le pont de la rivière Kwai

Posted on novembre 25, 2017 in Uncategorized by

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Ainsi ce serait par hasard, après des combinaisons dont l’énumération surpasse toutes les forces du calcul, que se serait formé le globe de l’œil avec ses tissus, ses humeurs, les courbures de leurs cloisons, les densités diverses des matières réfringentes dont il se compose, combinées de manière à corriger l’aberration des rayons, le diaphragme qui se dilate ou se resserre selon qu’il faut amplifier ou restreindre les dimensions du pinceau lumineux, le pigment qui en tapisse le fond pour prévenir le trouble que causeraient les réflexions intérieures, les organes accessoires qui le protègent, Tout cela n’attesterait pas une harmonie préétablie entre les propriétés physiques de la lumière et le plan de l’organisation animale ! On a pu de la sorte restituer des espèces détruites, dans les traits les plus essentiels de leur organisation, à l’aide seulement de quelques fragments fossiles ; et l’on a fait dans ce travail de restitution des pas d’autant plus grands qu’on a acquis une connaissance plus approfondie des harmonies de la nature animale. Mais, en s’expri­mant ainsi, on se pliera simplement aux exigences de la méthode scientifique ; on ne décrira pas du tout le processus réel. Le philosophe, bien entendu, quand il étudie l’histoire de la philosophie, en sera également ravis, et il ne peut s’empêcher d’être inspiré par ce merveilleux déploiement du génie à travers tous les âges. Il ne s’agit que de conclure logiquement d’un fait certain aux conditions sans lesquelles ce fait ne pourrait avoir lieu. Il y a cependant toute une série de causes qui réduisent ce risque. Le spiritualisme nouveau, dont Maine de Biran, Laromiguière, Royer-Collard, peuvent être considérés à des titres divers comme les promoteurs, ne tarda pas, sous l’énergique impulsion de Victor Cousin, à entrer dans la voie historique, où il devait prendre des proportions que ses premiers maîtres n’avaient pu soupçonner. Il en est de l’harmonie entre la constitution intellectuelle d’un être intelligent et la constitution du monde extérieur, comme de toutes les autres harmonies de la nature : on peut supposer qu’elle n’excède point le pouvoir inhérent aux influences et aux réactions d’un système sur l’autre, comme aussi l’on peut croire qu’elle serait inexplicable sans un concert préétabli ; et enfin la troisième explication, par l’épuisement des combinaisons fortuites, s’offre, ici comme ailleurs, à titre au moins d’argutie scolastique. Sans doute, l’homme peut trouver dans sa conscience des motifs d’admettre ou de rejeter certaines théories, suivant qu’elles lui paraissent conduire à des conséquences pratiques qu’un cœur honnête approuve ou désavoue. C’est parce qu’elle a été habituée par une certaine philosophie à croire qu’il n’y a pas d’hypothèse plus plausible, plus conforme aux intérêts de la science positive. D’un autre côté, si un tel consensus doit nécessairement s’établir en définitive, n’est-il pas manifeste que c’est par suite de l’influence des causes extérieures sur la génération des idées, et non par l’influence de nos idées sur la constitution du monde extérieur ? Ce qu’il y a de particulier, d’accidentel, d’anormal dans les impressions reçues et dans les idées produites, d’un individu à l’autre ou d’une phase à l’autre de l’existence du même individu, ne doit-il pas s’effacer et disparaître, de manière qu’en définitive il y ait accord entre les notions fondamentales, ou les règles de l’intelligence, et les lois fondamentales ou les phénomènes généraux du monde extérieur ? Le pont de la rivière Kwai aime à rappeler cette maxime de Léonard de Vinci  » Qui pense peu, se trompe beaucoup « . Encore moins la raison éclairée par le progrès des études géologiques admettrait-elle que, si les antiques révolutions du globe ont enfoui des amas de végétaux incomplètement décomposés, c’était, comme quelques-uns se sont risqués à le dire, pour que l’homme y trouvât plus tard l’approvisionnement de combustible dont les progrès de son industrie lui feraient sentir le besoin. Un bain à la même température nous semble chaud ou froid selon que nous sortons d’une atmosphère plus froide ou plus chaude. On pouvait s’y attendre, car le souvenir, — ainsi que nous essayons de le montrer dans le présent ouvrage, — représente précisément le point d’intersection entre l’esprit et la matière. Aussi, dans tous les livres de physique, après que l’auteur a parlé brièvement de l’impression de la chaleur sur nos organes, se hâte-t-il de montrer qu’il ne faut pas juger d’après cette impression, et d’exposer la construction de l’instrument dont les indications sûres, indépendantes de l’état de nos organes, au moins entre de certaines limites de précision, doivent guider l’observateur, sans qu’il ait nullement égard aux suggestions trompeuses de la sensibilité. Qu’en faut-il penser ?

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